Monte à cru

Sous Louis XIV, l’apprentissage de l’équitation se faisait déjà sans étriers, et même si depuis cette lointaine époque beaucoup de chemin a été parcouru, cette manière de monter à cheval n’a jamais disparue et revient même en force aujourd’hui parmi nos quêtes de naturel et d’absolu.

La monte à cru peut-elle se faire la part belle auprès des cavaliers ou de ceux qui veulent le devenir ?

Il convient de peser le pour et le contre avant de se prononcer.

En effet, l’absence de selle sur le dos de sa monture comporte quelques inconvénients qu’il est bon de citer : du côté de l’animal, la monte à cru peut générer de la fatigue, voire même provoquer des blessures, notamment au niveau du dos, inhérentes à la répartition restreinte du poids du cavalier.

Concernant ce dernier, on peut noter qu’il n’a aucune aide pour se hisser sur sa monture, rien pour se tenir et pas le confort éventuel de la selle. L’absence des étriers, qui peuvent être rassurants, empêche également de pouvoir soulager ses abducteurs, et son postérieur ! A noter enfin l’inconvénient de ne pas avoir de dispositif pour fixer son matériel (vêtements, sacoches).

Rien ne pourra, quoi qu’il en soit, faire oublier la relation qui doit s’instaurer entre cheval et cavalier.

Or, dans le cadre de la monte à cru, il n’y a pas de « barrière » (la selle) entre l’homme et le cheval, ce dernier peut donc sentir pleinement celui qui le monte, et le dialogue peut s’engager, la communication s’établir, simplement, naturellement. Ce corps à corps permet une meilleure compréhension, une relation tout en finesse, empreinte d’une grande sensibilité entre l’animal et le cavalier, qui peut librement se servir du poids de son corps et du contact cuisses-genoux-mollets pour exprimer sa volonté. Le cavalier connaît beaucoup plus rapidement sa monture, maîtrise ses réactions au gré des automatismes qu’il acquiert. C’est donc à ce stade qu’il peut se permettre de ne plus appliquer, sans réfléchir, des consignes génériques données de manière globale, mais agir de façon sensible et sensée, en prenant en compte son cheval, qui est unique, et son caractère qui ne l’est pas moins. La monte sans selle permet, de plus, au cavalier, de se positionner naturellement, juste derrière le garrot, sur le centre de gravité, contrairement à la monte en selle où il est placé en arrière et en hauteur, situation de ce fait moins confortable.

Parallèlement, le cheval ayant à supporter moins de poids, moins de chaleur et moins de sangles, évite certaines blessures inhérentes à la selle.

Le cavalier, quant à lui, se rendra très vite compte des énormes avantages de la monte à cru, à commencer par le développement musculaire du dos, des fessiers, des abducteurs, bien plus conséquent que dans le cas de la monte en selle avec étriers. La recherche d’équilibre, dans le but d’acquérir une « assiette » (être en accord avec les allures de son cheval) porte rapidement ses fruits, l’apprentissage par l’erreur étant la meilleure école. La position du buste, combinée au travail du bassin et des jambes, peuvent rapidement permettre d’acquérir de l’assurance, d’avoir confiance en soi, et par conséquent moins craindre la chute.

Comment ne pas imaginer, alors, aller vers une relation « Centaure » ? Un seul esprit dans un seul corps, une pensée unique, la fusion ultime… Sentir chaque fibre de son cheval comme chacune des nôtres, sentir ses réactions et pouvoir les anticiper.

Le cheval monté nu se comporte de manière plus libre et naturelle, et c’est bien là l’un des objectifs de cette pratique axée sur l’osmose entre l’homme et l’animal, une relation dénuée de tout rapport de force, hors contrainte, faite d’un mélange de sensibilité, d’écoute, de réciprocité, dans le cadre d’un accord tacite.

Comme vous l’avez peut-être compris, la monte à cru s’adresse à tout le monde, il suffit d’un minimum de bon sens et de précautions, d’un esprit ouvert et réceptif. Une fois dépassée la peur de n’avoir ni étriers ni selle pour se tenir, on se rend très vite compte qu’il faut penser et agir différemment, en ayant tous ses sens en éveil. D’autant que cette découverte peut se faire de manière douce et progressive, avec l’aide d’un surfaix et d’un tapis.

Je ne cherche pas à faire l’apologie de la monte à cru, cela me semble cependant une expérience sinon indispensable, du moins enrichissante et ce, quel que soit votre niveau,  indépendamment de vos objectifs de cavalier.

CHRISTIAN